Photo: Lantbrukare Göte Ivarsson.


En 1978, je suis déménagé à Oskarshamn. J’avais 25 ans et j’étais très intéressé par la nature, bien que je n’aurais pu dire à quoi ressemblait un ”asktree” En fait, je n’avais jamais vu un de ces arbres de ma vie, même si j’ai grandi à Öland. Sur cette île particulière, les ”asktrees” poussent en masse, forment une végétation très dense, pratiquement comme une jungle. C’est ainsi que j’ai réalisé le fait suivant: ce dont tu ne connais pas le nom, tu ne le verra point, et ce que tu ne vois pas, tu ne peux le photographier. Je n’avais encore jamais vu un aigle auparavant et voilà que dix ans plus tard, avec tout ce que j’ai appris, j’écris un livre à propos de ces oiseaux, “Havsörn” qui aujourd’hui est considéré, pour certains, comme un classique littéraire sur la nature.

J’ai rencontré Styrbjörn Ejneby et sa femme Solveig environ un mois après mon entrée dans cette petite société, lors d’une assemblée avec l’organisation locale de la préservation de la nature, situé dans un des petits villages avoisinants. Ils y étaient pour faire la promotion de leur organisation et pendant notre conversation, ils m’ont dit: “Alors vous désirez être un membre et travailler gratuitement pour la nature?!” Styrbjörn m’examina alors avec un regard critique et poursuivi: “ et bien vous êtes au bon endroit puisquíl y a mille et une choses à faire!” Plusieurs ont en effet été accomplies au cours des années suivantes. Par exemple, construire des cabanes d’oiseaux, nourrir les aigles, décontaminer les déversements de pétrole, nettoyer les champs, participer à certains débats concernant la cause, écrire des articles et des rapports pour les journaux et les magazines, faire des présentations pour différents groupes de gens, tout cela parmi tant d’autres… Toutes ces activités sont devenues très importantes pour moi. Toutefois, le plus important fût le coté social de mon expérience, par exemple assister à des cours et des présentations sur la nature animés par les Ejneby ou encore visiter leurs ferme, et ce à plusieurs reprises.

Photo: Peter Gerdehag


Styrbjörn en savait beaucoup sur plusieurs sujets et de cette façon, il m’aidait à choisir des clichés qui, par la suite, allaient lui servir à la promotion de l’organisation. Il me demandait certaines images spécifiques, par exemple: “Vas à Äspenäs et photographie ces hommes qui possèdent des champs à perte de vue derrière leur ferme. Ensuite tu prendras des clichés de ces fleurs qui poussent dans la région”. Ces demandes étaient plutôt fréquentes mais comme il était conscient de l’attrait unique de sa ferme, il suggérait également des prises de vue de sa propre terre. C’est ce qui m’incita à le prendre lui et Solveig comme principaux sujets pour continuer ma documentation sur la nature.

Ensemble, nous avons crée plusieurs présentations à partir de toutes ces photos, par lesquelles nous avons pu transmettre notre message à des centaines de personnes de la région, à “Kalmar län –“Avec tes images et mes paroles, les femmes pleureront et les hommes auront le coeur gros.” Telles étaient les paroles de Styrbjörn et il avait tout à fait vu juste. Mais la plus grande réussite résidait dans le fait que les gens se sont mis à considérer leur terre comme quelque chose de spécial et de précieux.” Le fait que le couple pratiquait ce qu’il prêchait permis de gagner plus facilement l’attention des gens dans l’audience. Il était évident que leurs dires n’étaient pas que de simples théories mais bien des faits actuels et que les personnes qui les présentaient étaient dignes de confiance et remplies de connaissances sur le sujet. Et lorsque Styrbjörn était à son meilleur, la plupart des gens se trouvaient vite convaincus de l’importance de leur cause et de la valeur unique de ces paysages, valeur partagée pratiquement partout dans le monde et qui selon eux, courait à sa perte. Styrbjörn ne manquait pas une occasion de transmettre son message. Il voulait permettre aux gens de réaliser l’importance de la nature, leur montrer ”la voie” en les faisant sortir de cet aveuglement. Il voulait les rendre fiers de la terre sur laquelle ils vivent.

Photo: Peter Gerdehag


“Wooooo Lukas!” Styrbjörn arrête son travail et dit: -“Peter, viens ici, nous allons voir ce que tu as appris pendant ces leçons de botanique l’hiver dernier!” Peu de temps après, nous étions assis près d’un fossé, savourant l’instant présent et la nature qui nous entourait, les plantes et les insectes. À travers ces rencontres, Styrbjörn se révéla être plus qu’un simple sujet. Il fût également un enseignant et un conseiller lorsqu’il était question de prendre de bonnes photographies. Lorsque venait le temps de faire des présentations, il me disait clairement lorsqu’il appréciait les photos, par exemple parce qu’elles avaient quelque chose de captivant. Le fait que ces photos aident à atteindre les gens et puissent les convaincre me procurait un sentiment incroyable. Certains peuvent se demander s’il est possible d’expliquer et de décrire la nature sans certaines connaissances propres, si vous me posiez la question, je vous répondrais que c’est tout simplement impossible.

Photo: Peter Gerdehag


Entre Hyckleb et mon village, il y a environ 20 minutes de marche à faire en forêt sur un sentier qui a été emprunté à maintes reprises. Des centaines de milliers de photos ont été prises pendant ces 22 années d’amitié entre nous. Nous avons dû endurer d’innombrables jugements des gens face aux Ejnebys, certains les traitant de tous les noms possibles. D’un coté on les disait ridicules et dangereux pour la société alors que de l’autre, on les qualifiait d’experts reconnus et de modèles à suivre. Mais suite au combats et obstacles auxquels la vie nous confronte, le temps arrange finalement les choses et apporte de nouveaux changements. Les opinions s’effaçant peu à peu, Styrbjörn et Solveig ont finalement été récompensés pour leurs efforts. Ils ont donc traversé le parcours en étant au début vu comme une sorte de partie conservateur et rationnel, également comme des trouble-fêtes pour franchir l’arrivée dans une position toute autre d’experts reconnus et protecteurs d’une remarquable histoire.

Mon prochain film qui s’intitulera “La terre où le vent tourne” traitera des autres villages environnants de la région de Oskarshamn. Cependant, je poursuivrai ma documentation sur Hycklinge. Le futur est difficile à prédire mais mon vœu serait que ces films permettent aux gens de comprendre et réaliser l’importance du message pour qu’ainsi tous ces trésors puissent être préservés encore longtemps.

- « Ce pays a quelques fois été balayé comme une tornade par le changement. La campagne se développe en effet rapidement et les fermes sont abandonnées à leur propre destin. L’opinion politique concernant l’agriculture n’a cessé de changer depuis l’effondrement du communisme et c’est aujourd’hui correcte, voir normal, de construire des fermes qui contiennent des centaines de bêtes. De nos jours, il n’y a peut-être plus de parti communisme mais c’est tout de même le marché qui décide et impose ses lois, ce marché qui, rappelons-le, inclut vous et moi. »

Les agents économiques modernes avec leurs calculs précis ont l’effet d’une tempête de vent dans le monde des fermes traditionnelles. Des vagues de libération et de nouveaux ordres naissent à l’horizon, jetant par terre les « anciennes vérités » et tentant ainsi de se frayer un chemin dans le mince voisinage de Hycklinge. Les bras de la globalisation s’étendent et transforment la structure multi en mono. L’alarme est entendue à la grandeur de la terre. A Hycklinge cependant, la paix subsiste, tel l’œil au centre de la tempête.

Flathult, février 2004
Peter Gerdehag